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L’avis d’un contemporain Ep 2: 1Q84, Haruki Murakami, Livre 1 à 3

murakamiJe ne sais plus où j’ai entendu parler de 1Q84, ni combien de fois. Comme il est disponible à la bibliothèque de mon quartier et que j’essaie de m’intéresser à tous les types de livres (du moment qu’il sont bien écrits), je l’ai réservé. Lorsque ma bibliothèque reçoit enfin le livre, je m’y rue pour l’enlever, et nous nous enfermons tous les deux dans mon petit appartement.

 

L’incipit de 1Q84

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En ouvrant 1Q84, je découvre un style plaisant et fluide. « Du beau travail, me dis-je. »

Et c’est parti pour des mois de lecture, tantôt effrénée, tantôt ralentie, arrêtée même, parfois. Ce livre m’aura suivi pendant près d’un an, et puisqu’il est découpé en trois, j’y ai intercalé d’autres romans. Au final, c’est une impression curieuse qui me reste, celle d’une histoire lente, en dépit de toute l’action qui s’y déroule. Les personnages sont très beaux — entendez par-là : bien faits — et l’intrigue est pour le moins intrigante. Mais le plus intéressant c’est peut-être cette glissade dans la fantasmagorie, inéluctable et invisible, ce nouvel état des choses qui s’est insinué dans la réalité, sans qu’on ne comprenne ni comment ni pourquoi c’est arrivé. Un peu comme une maladie, là. Votre nouvelle réalité. C’est un exercice d’écriture que j’imagine complexe, et qui m’a intéressé. Au final, une lecture curieuse, artistique.

Dois-je vous donner envie de le lire ? Je n’en sais rien. Je vais donc me contenter de partager des extraits qui m’ont plu :

Cependant, face à Fukaéri, cette toute jeune fille de dix-sept ans, Tengo ressentit comme un violent tremblement de cœur. La même sensation que lorsqu’il avait vu ses photos, la première fois. Mais à présent elle était là devant lui et, intérieurement, il en tremblait bien plus fort. Ce n’était ni un sentiment amoureux, ni un désir sexuel. Il avait l’impression que quelque chose s’était glissé par un interstice et chercher à combler un vide en lui. Non pas que Fukaéri ait créé ce vide. Il existait à l’intérieur de Tengo depuis toujours. Elle y avait seulement apporté sa lumière spéciale et l’avait illuminé d’un nouvel éclairage.

L’homme parlait avec passion. Aomamé n’avait absolument pas envie d’écouter ses histoires de yacht. Qui ne l’intéressaient en rien. Le roulement à billes ou les conditions de la répartition des ressources naturelles de l’Ukraine, voilà ce qui la passionnait. Elle jeta un coup d’œil à sa montre.

«Oh, il se fait tard… Puis-je vous poser une question très franche ?

— Bien sûr.

— Comment dire, c’est une question plutôt personnelle.

— Si je peux y répondre.

— Vous avez un grand zizi ? »

Il pensa un moment au sexe avec sa petite amie plus âgée. En principe, à cette heure-ci, il aurait dû faire ça avec elle. Il ferma les yeux, la tête tournée vers le plafond, et poussa un soupir gonflé de suggestions et d’hypothèses. Lui, qu’aurait-il fait ? Et elle ?

La propriétaire parlait d’une toute petite voix. Un volume sonore si ténu qu’une rafale de vent un peu forte l’aurait anéanti.

Un simple avertissement précipité annonça le départ imminent. Puis les portes se refermèrent en émettant d’énormes bruits tremblés, tels de gros animaux primitifs qui s’éveillent en s’ébrouant. Lentement, comme s’il s’était enfin décidé, le train s’éloigna du quai.

Il y avait dans ses yeux une clairvoyance intransigeante, même si son regard n’avait rien d’inquisiteur. Ses pupilles s’étrécissaient ou se dilataient. À la manière d’un photographe qui règle l’objectif de son appareil.

Les petits enfants contemplaient souvent Tengo avec ce genre de regard. Comme s’il observaient un animal rare et inoffensif. Le visage et le corps de la petite fille restaient immobiles. Seuls ses yeux s’activaient à examiner ce qui l’entourait.

Elle sentit que son regard perdait rapidement de son acuité. Comme quand quelqu’un arrose, un tuyau à la main, et que quelqu’un d’autre, derrière, ferme le robinet.

Durant les jours de congé de la fête des morts ou du nouvel an, son père restait simplement à la maison, couché, sans rien faire. L’homme faisait alors penser à un appareil un peu encrassé dont on aurait coupé le courant.

Fukaéri répéta les mots de Tengo. Puis elle eut la mimique d’un petit enfant à qui on présente un médicament amer. Peut-être n’aimait-elle pas la tonalité de ces mots.

À ce que savait Ushikawa, aucune catégorie humaine ne détestait payer des impôts autant que les riches.

Tout comme les amples veines d’eau, voyez-vous, les grands talents ont la capacité de déboucher en des domaines divers.

Quelques nuages, en longues stries, flottaient très haut dans le ciel, telles des considérations abstraites trop élevées et trop lointaines pour être concernés par les agissements des humains.

Et vous, vous l’avez lu ? Vous en pensez quoi ?

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