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Un français au Canada, Ép 04: le travail

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— Tu aimes ton travail?

— Oui. (pleurs)

Chercher du travail à Toronto.

Quand je suis arrivé à Toronto, je n’ai pas pu travailler pendant 6 mois. J’attendais mes papiers. Et puis je les ai eu, et j’ai commencé à chercher. La tâche me paraissait difficile, pour différentes raisons, la principale étant le manque d’information.

Faisons un petit résumé de ma situation en janvier 2014 lorsque j’ai commencé ma recherche:

  • Industrie: Web developpement
  • Expérience dans cette industrie: 4 ans dans la conception de site web freelance
  • Taux d’embauche dans cette industrie: Bon
  • Niveau d’anglais général: Moyen
  • Niveau d’anglais professionnel: Faible
  • Confiance en soi: Moyenne
  • Type d’emploi recherché: Développeur dans une agence web ou dans une équipe en charge du site web d’une compagnie.

Chances de trouver du travail: Bonnes. À condition de chercher au bon endroit et avec la bonne approche.

Le CV

Ici, on appelle ça un « Resumé ». Et assez logiquement, ça ne fonctionne pas vraiment comme en France, ce serait trop facile. En fait, il y a plusieurs détails très importants:

  1. Pas de photo, pas de date de naissance, pas de genre, pas de détail sur votre identité. Le but: éviter les discriminations.
  2. Pas de courtoisie ni de longueurs du style « je vous prie d’agréer madame, monsieur, etc. ». Les Canadiens anglophones sont très « droit au but » et le fond les intéresse bien plus que la forme.
  3. Votre CV ne doit comporter que vos expériences en rapport avec le travail pour lequel vous postuler (et ne pas être trop ancien). Vous pensez sûrement qu’être polyvalent, avoir plusieurs cordes à son arc est une bonne chose et vous voulez écrire partout que vous savez faire des sites web ET du design sur Photoshop. Je vous arrête donc tout de suite. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Vous savez pourquoi? Parce que la boîte cherche OU un développeur web, OU un designeur Photoshop. Elle ne vous demandera sûrement jamais de faire les deux.
  4. Vous êtes passionné(e). Vous vivez pour ce job! Quand vous rentrez à la maison, vous lisez des livres sur votre industrie, vous aiguisez votre esprit pour être toujours au top. Si c’est faux, ne vous prenez pas la tête, c’est un sain mensonge.
  5. Gardez le tout court et concis. Allez droit au but, et ne donnez pas trop de détails, vous les donnerez en interview.

Retrouvez d’autres conseils sur comment faire son CV dans l’Ontario.

Rechercher un job

Il n’y a pas une seule façon de chercher du travail à Toronto. Il y en a autant qu’il y a d’opportunités. La première chose à faire en tant que français, c’est de retirer le balai qu’on a tous dans le c*l et de souffler un bon coup. Plus vous serez cool et sûr(e) de vous et mieux ça ira pour vous.

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Le balai que j’avais dans le c*l. Vous aussi peut–être en avez un.

Voici une liste non exhaustive des façons de trouver du travail à Toronto:

  • Chercher en ligne sur Indeed et compagnie. Efficace bien que fastidieux, cette méthode vous permet de trouver quantité de boulots et de postuler en ligne. Le problème, c’est qu’il faudra sûrement s’inscrire sur bon nombre de sites, remplir un tas de formulaires en ligne et s’énerver parce qu’on a oublié son mot de passe.
  • Les réseaux sociaux non professionnels: Il y a une semaine je cherchais un petit boulot pour me remettre de mes problèmes de santé. Sur Instagram j’ai trouvé une offre d’emploi très informelle qui proposait d’être responsable du feu et des chamallow grillés dans un café du centre équipé d’un Firepit outdoor (oui oui, ça existe!). J’ai postulé via Instagram, et boum je l’ai eu! Facile.
  • LinkedIn: Hyper important celui-là. C’est votre CV en ligne, publique et gonflé à bloc. Vous vous y montrez sous votre meilleur jour, vous vous faites des connections, parlez de votre mission bénévole en Angola et du roman que vous avez écrit à l’âge de 25 ans. Le but, être super cool et hyper pro. C’est facile, après tout, puisque c’est en ligne.
  • Networking. En France on appelle ça de l’hypocrisie. Ici, on appelle ça networking: rencontrer des gens et élargir son réseau. Point d’hypocrisie là-dedans, on est clair sur l’objectif, rencontrer des gens qui potentiellement pourraient nous être utiles. Il ne s’agit pas d’utiliser les gens, mais plutôt de se faire des amis avec qui on passe un pacte d’entraide. C’est simple et direct. Il n’y a pas de notion de qui mérite quoi. Oubliez donc ces bêtises, et enregistrez-vous sur Meetup.
  • Appelez le jeu.  Vous jouez à la belote? Appeler le jeu, ça veut dire qu’on attire sa chance. On sort de la maison, on marche dans la rue, on dit bonjour, on regarde à droite à gauche, on sourit et on y croit. Et alors? me direz-vous? Alors vous allez peut-être voir une affichette sur la vitrine d’un restaurant, un café, un magasin, un centre de toilettage pour chien, qui dit: « Help Wanted, ask inside ». Et bien sûr, vous entrez.

L’interview

Vous avez envoyé votre CV et un email qui explique en quelques lignes pourquoi vous pensez que c’est le job de vos rêves, et surprise, on vous a rappelé pour un entretien.

D’abord vérifiez que:

  • Vous avez bien tout compris. Si vous n’êtes pas à l’aise en anglais au téléphone, demandez à l’interlocuteur de répéter, y a pas de honte. Je me souviens de mes premiers coups de fils; je disais ok, je bredouillais, je m’en sortais comme je pouvais. Du coup, il y a eu quelques imbroglios: mauvaise adresse, oubli du nom de l’interlocuteur, même le but de l’entretien (voir le point suivant).
  • Vous allez à un entretien d’embauche. Ça paraît con, mais je suis allé à ce que je croyais être un entretien d’embauche et qui était en fait une rencontre avec une agence de recrutement du genre Creative Niche. Le gars m’a demandé combien je voulais gagner, où j’étais à l’aise, ce que je cherchais à faire. Et moi je me disais « waouh! Quel boulot bizarre ». Et puis j’ai compris que j’étais chez une sorte de Manpower spécialisé dans autre chose qu’envoyer systématiquement les candidats à l’usine du coin.
  • Vous avez préparé vos références (ancien patron), votre portfolio (digital ou papier ou autre), tout ce qui pourrait être utile pour montrer au recruteur que vous savez faire ce qu’il espère que vous savez faire.
  • Vous vous habillez le mieux possible. Y a pas de honte à être beau/belle.
  • Vous voulez vraiment ce job. Le temps de trajet, les inconvénients, tout ça n’est pas très important si vous voulez vraiment le job. Pensez-y. Si vous hésitez sur quel type de carrière poursuivre pour être épanoui, je vais très bientôt poster un article sur le sujet.

Le boulot que je voulais vraiment faire c’était travailler pour une ONG à Toronto. J’ai eu un entretien avec eux. J’ai mis mon costume, j’ai traversé la ville par -30º. J’étais hyper nerveux. Je pensais que je n’étais pas à la hauteur. En fait, je l’étais largement puisque j’ai été embauché et que j’y ai travaillé pendant 2 ans avec beaucoup de joie et de réussite. À l’entretien, il y avait une femme de toute beauté qui me souriait, un homme en costume, et mon futur manager, un homme d’origine indienne avec un accent très fort. La femme essayait de me mettre à l’aise et moi je rougissais, le type en costume me regardait sans parler. Le manager parlait mais je ne comprenais rien. J’ai eu le job.

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Ma tête à l’entretien.

Vous êtes embauché!

Waouh! Congratulations! Le téléphone vous annonce la bonne nouvelle, votre boîte mail est soudain pleine de courriers dont le sujet est « ci-joint, le contrat de travail… ». Faites péter le champagne (enfin, le prosecco, on est à Toronto, pas en France hein), vous l’avez bien mérité.

Mon expérience:

On est en février, il est 8h30 du matin, premier jour de boulot. Je met mes écouteurs en mode Beep-Boop-Salsa-Moves, et je monte dans le métro. J’arrive devant la grande maison victorienne où je vais travailler. Oui, c’était vraiment cool. Commencent deux semaines de lavage de cerveau. Ils appellent ça on-boarding. On-boarding = on embarque. Deux semaines de présentations, de jeux, et de team-building.

Je vous sens vous hérisser. Allons-bon! Pas de panique. Ces deux semaines ont été absolument géniales. Je me suis fait des copains, j’ai découvert l’ONG pour laquelle je bossais sous le meilleur angle possible, j’ai ri, je me suis senti utile, apprécié. Le bonheur après six mois d’incertitude.

J’ai rejoins ma vrai équipe après ces deux semaines, et le boulot à commencé. Mon premier jour avec eux, un jeudi. Et le premier vendredi à 16h, j’ai réalisé avec joie que toute mon équipe, environ 20 personnes, sortait les bières et mettait la musique tous les vendredi.

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La deuxième surprise, c’est qu’à 18h, après 4 bières, mon chef m’a demandé de faire une modification importante sur le site de l’ONG. Là, j’ai compris : le boulot passe avant tout le reste.

Travailler à Toronto

Aujourd’hui j’aimerais partager mon ressenti et mes impressions sur le travail à Toronto. Bien sûr, mon point de vue est subjectif, mais après plusieurs années, des conversations avec des gens de tout horizon, on se fait une idée.

Ici, je pars du principe que vous avez un boulot de type bureau, middle class.

  • Détendu mais professionnel: Allez pisser, prenez des pauses, allez marcher, rigolez, racontez votre week-end à votre boss, faites lui un câlin (oui c’est possible). Mais restez toujours sur le qui-vive. Si on vous demande d’accomplir une tâche, prenez-la sérieusement et faites de votre mieux.
  • Oubliez les 35h, ici c’est plutôt 45h. Vos collègues restent jusqu’à 7h du soir. Si ça se trouve, ils passent leur temps sur Facebook, mais ils sont bien vus, vous comprenez.
  • On vous aide. L’esprit d’équipe. Le meilleur aspect du boulot au Canada. Vos collègues ne vous laissent pas tomber. Votre tâche, c’est aussi la leur. Votre chef vous demande toujours comment ça va, de quoi vous pourriez avoir besoin pour mener à bien votre mission.
  • Under promise (1). Là est tout le secret de votre tranquillité d’esprit au travail. Votre chef se fiche pas mal que vous soyez super efficace. Efficace suffit. Ce qui l’inquiète, votre chef, c’est que vous ne soyez pas en mesure de tenir vos promesses. Donc, quand il vous demande combien de temps il vous faut pour changer le logo sur la page d’accueil, vous doublez, triplez, quadruplez, vos prévisions les plus larges. 30 minutes deviennent 2h. Votre chef va aussi doubler la durée. 2h deviennent 4h. Et vous savez quoi, le chef de votre chef (l’avantage d’avoir une hiérarchie bien étalée) va aussi doubler l’estimation. Résultat, mardi vous avez la journée pour changer un logo.
  • Over deliver (2). Comme il ne vous faut que 10 minutes pour changer le logo, vous allez le faire bien. Vous allez le faire méga bien même. Et puis vous allez terminer deux ou trois autres tâches qui trainaient, vous aidez un collègue. Ensuite, après une petite pause pour aller chercher un latte à Starbucks, vous allez dire à votre patron que vous avez fini en avance et que vous êtes prêt pour la mission suivante. Elle est pas belle la vie?
  • L’ambition. Vous n’en avez peut-être pas. Mais les gens autour de vous en ont. Vous allez voir de l’hypocrisie, des gens calculateurs, des zélés de tout poils. Ils sont inoffensifs, ils font leur petit bonhomme de chemin en léchant les culs à droite à gauche. Même le vôtre. Il m’est souvent arrivé de voir quelqu’un d’un autre département venir me demander quelque chose (c’est à dire de faire mon boulot, en gros) en m’offrant des cadeaux, en m’envoyant une carte ou en me chantant une chanson. Si, c’est vrai.
  • Get the job done. Vous voulez travailler depuis la maison ? Vous avez un rdv chez le docteur ? Aucun problème. Votre chef vous dira oui. Du moment que vous tenez vos promesses et que le boulot est fait, vous êtes libre. Si vous avez besoin de travailler pied nu avec un ananas sur la tête, allez-y.
  • Si vous êtes malade. Si vous êtes dans une bonne boîte, vous appelez votre chef: « boss, j’ai mal à la gorge » et il vous répond « ah merde, ça pue. Repose toi bien, et reviens nous en forme. » Eh oui, pas de « bien sûr vous irez chez le docteur pour obtenir le formulaire T4212, et vous perdrez votre journée de salaire ». Non, ici, vous êtes payé. La contrepartie ? Si on vous demande de bosser un soir jusqu’à minuit, vous direz oui.
  • Le salaire et les avantages. Faites bien attention à ça. Le salaire peut se négocier, certains boulots offrent des payes de ministre. Ce qui compte c’est la valeur que vous apportez à l’entreprise. Les avantages, appelés benefits, c’est le dentaire, l’optique, les psys et les massages; ils sont remboursés par votre compagnie. En effet, la sécu de l’Ontario OHIP ne rembourse pas ces frais.
  • Ne croyez pas que juste parce que vous êtes français vous pouvez monter un business et tout déchirer. Les canadiens de l’Ontario ont une façon de faire du business et de consommer (préférer une chaîne à un business indépendant, prendre deux ans à planifier avant de se lancer, se focaliser sur une petite innovation et pour le reste suivre les règles établies, marketing à mort). De plus, monter une start-up (je le sais je l’ai fait), va vous demander énormément de travail et ne vous offrira aucune sécurité. Si vous êtes vraiment malade, vous l’avez dans l’os (je le sais, je l’ai fait).

Voilà, j’espère que cet article vous a plu et vous aura donné envie de venir tenter l’aventure à Toronto.

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Un vendredi au Canada.

Que vous viviez au Canada, en France, ou ailleurs, n’hésitez pas à partager avec vous votre opinion sur cet article, et comment ça se passe chez vous.

 

 

 

 

 

18 réflexions au sujet de « Un français au Canada, Ép 04: le travail »

  1. Super article ! 🙂 Je suis en train de réfléchir à venir étudier puis travailler au Canada, du coup, ça m’aide pas mal! Vu comment tu décris ton expérience, ça a du vachement te changer de la France non ? C’est un monde à part …

    Aimé par 1 personne

  2. Alors, je ne cherche pas de boulot au Canada et encore moins un boulot « bureau/middle class », mais j’ai pris mon pied à lire ton article. Drôle, direct et sans angélisme. Et qui, à mon avis, peut servir de ligne de conduite professionnelle un peu de partout (oui, oui, même en France !). Thanx.

    (par contre, rien à voir et un peu MP, mais je suis bien dégoûté de ne pas avoir découvert ton site avant de passer un mois à Toronto l’année dernière, cela m’aurait sûrement permis de mieux apprécier cette ville…)

    Aimé par 1 personne

    1. merci pour ton commentaire Le Krass, ça me fait super plaisir! je suis très content des adjectifs que tu as choisis pour décrire l’article : c’est vraiment cette saveur là que je recherchais.
      Qu’as-tu pensé de Toronto lors de ton séjour ?
      ps: le plus dommage, c’est qu’on ne soit pas allés boire une pinte ensemble 😉

      Aimé par 1 personne

  3. Une seule pinte ! Je suis choqué… 🙂
    Eh bien bof bof Toronto. Je pense que nous nous attendions, ma chérie et moi, à ce que tous les Canadiens nous parlent comme si nous étions précieux en nous enrobant de politesse, mais ce ne fût pas le cas… Et architecturalement nous n’avons pas été fans non plus (beaucoup de quartiers vétustes, le dowtown le plus bordélique que j’ai vu et en plus, il y en a deux ! Sachant que Chicago est notre référence indépassable 🙂 ). Mais outre ces « défauts » qui peuvent tout à fait être des qualités pour d’autres, nous avons beaucoup aimé (nous étions dans le quartier portugais) le fait qu’il ne faille pas traverser un désert urbain entre chaque quartier animé comme c’est, de ce que j’ai vu, souvent le cas en Amérique du Nord. Pour résumer, je pense que c’est comme si nous avions visité Paris en pensant découvrir la France, soit la ville qu’il faut éviter pour ce faire une idée du pays (un peu comme New York pour les États-Unis…). Voilà, voilà. Cela parait assez négatif, mais nous ne regrettons absolument pas notre séjour et j’invite tout le monde à y aller, car ça vaut quand même sacrément le coup de découvrir la cinquième plus grande ville d’Amérique du Nord. Et, pour finir, nous sommes extrêmement fiers d’avoir ramené nos cabas LCBO en France et de parader avec. (Je viens de me relire et je me donne l’impression d’être un connard de colon déçu de ne pas avoir eu les ors du palais, mais bon…).

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    1. hahaha pas de souci! c’est une vision tout à fait valable. Toronto est souvent vue comme la ville où on travaille tout le temps. On s’y sent parfois anonyme, mais il suffit parfois d’un petit geste pour engager la conversation et se faire des amis. Après je pense que le gros atout de la ville, c’est son côté cosmopolite, et la gentillesse des gens, une fois qu’on est rentré dans leur cercle (souvent via le travail).
      Promis, on se serait pas arrêtés à une pinte 😉😉

      Aimé par 1 personne

  4. Merci pour cet article, je viens de découvrir ton blog et j’aime énormément !

    Je ne suis encore qu’étudiante en deuxième année de Licence mais je voulais faire un semestre au Canada, du moins déposer une candidature. Lire cet article m’a donné une vision plus « concrète » de la mentalité là-bas ! 🙂

    Je vais continuer à suivre ton blog de très près !

    Bonne continuation,

    Lilie.

    Aimé par 1 personne

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