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Les leçons de sagesse de maître Takuan Ép 01: le sort des femmes.

pierre-et-sabre-yoshikawaLes leçons de sagesse de maître Takuan, c’est une nouvelle série extraite de La pierre et le sabre, ce classique de la littérature japonaise (épopée écrite entre 1935 et 1939, qui raconte la quête de Myamoto Musashi, le plus célèbre samouraï de l’histoire, depuis la défaite de Sekigahara jusqu’à son combat final contre Sasaki Kojiro.)

On y suit les aventures martialo-philoshophiques d’un jeune homme en quête de perfection au Japon du 17ème siècle. Parmi les personnages qui croiseront la route de Musashi, le moine Takuan, un sage, ou un fou, c’est selon, dispense sa philosophie au-travers de méthodes… hors du commun.

Voici le premier épisode, une discussion sur le sort des femmes, entre lui et Otsu, jeune femme promise à Matahachi, parti à la guerre avec Takezo.

Attention, le point de vue de Takuan a une apparence misogyne (de plus nous sommes en 1600 au Japon féodal), mais c’est un texte qui à de nombreux niveaux de compréhension, et c’est ça qui le rend intéressant.

— Je me moque des abeilles, Otsu. Je ne veux qu’une chose : te transmettre l’enseignement du Bouddha sur le sort des femmes.

— Le sort de la femme que je suis ne te regarde pas !

— Ah ! mais tu te trompes ! C’est mon devoir de prêtre de me mêler de la vie des gens. Je t’accorde qu’il s’agit d’un métier indiscret ; mais il n’est pas plus inutile que celui du marchand, du tailleur, du menuisier ou du smaouraï. Il existe parce qu’il est nécessaire.

Otsu se radoucit.

— Je suppose que tu as raison.

— L’on ne saurait nier, bien sûr, que le clergé n’ait été en mauvais termes, depuis quelques trois mille ans, avec la gent féminine. Vois-tu, le bouddhisme enseigne que les femmes sont mauvaises. Des diablesses. Des messagères de l’enfer. J’ai passé des années à me plonger dans les Écritures ; aussi n’est-ce pas un hasard si nous nous disputons sans arrêt, toi et moi.

— Et, d’après tes Écritures, pourquoi les femmes sont-elles mauvaises ?

— Parce qu’elles trompent les hommes.

— Les hommes ne trompent-ils pas les femmes, eux aussi ?

— Si, mais… le bouddha lui même était un homme.

— Veux-tu dire par là que s’il avait été une femme, les choses auraient été à l’inverse ?

— Bien sûr que non ! Comment un démon pourrait-il jamais devenir un bouddha ?

— Takuan, ce que tu dis là est absurde.

— Si les enseignements religieux n’étaient que du bon sens, nous n’aurions pas besoin de prophètes pour nous les transmettre.

— Te voilà encore à tout déformer à ton avantage.

— Commentaire typiquement féminin. Pourquoi m’attaquer personnellement ?

Elle cessa de manier sa faucille, avec une expression de lassitude infinie.

— Takuan, restons-en là. Aujourd’hui, je ne suis pas d’humeur à ce petit jeu.

— Silence, femme !

— C’est toi qui n’a pas cessé de parler.

Takuan ferma les yeux comme pour s’armer de patience.

— Laisse-moi tâcher de t’expliquer. Lorsque le bouddha, dans sa jeunesse, était assis sous l’arbre bo, des démons femelles le tentaient jour et nuit. Bien entendu, il ne se forma pas une haute opinion des femmes. Ce qui ne l’empêcha pas, étant le tout-miséricordieux, de prendre sur ses vieux jours des disciples femmes.

— Parce qu’il était devenu sage, ou sénile ?

— Ne blasphème pas ! dit-il avec sévérité. Et n’oublie pas le bodhisattva Nagarjuna, qui détestait — je veux dire : craignait — les femmes autant que les craignait le Bouddha. Même lui est allé jusqu’à faire l’éloge de quatre types de femmes : les soeurs obéissantes, les compagnes aimantes, les bonnes mères et les servantes soumises. Il n’avait que leurs vertus à la bouche, et conseillait aux hommes de prendre de telles femmes pour épouses.

— Des soeurs obéissantes, des compagnes aimantes, de bonnes mères et des servantes soumises… Je vois que tout cela concourt à l’avantage des hommes.

— Eh bien, c’est assez naturel, non ? L’Inde ancienne honorait les hommes plus, et les femmes moins, que le Japon. Quoi qu’il en soit, j’aimerais te citer le conseil que Nagajurna donnait aux femmes.

— Quel conseil ?

— Il disait : « Femme, n’épouse pas un homme… »

— C’est ridicule !

— Laisse-moi finir. Il disait : « Femme, épouse la vérité. »

Otsu le regarda sans comprendre.

— Ne vois-tu pas ? dit-il avec un geste du bras. « Épouse la vérité » signifie que tu ne devrais pas t’éprendre d’un simple mortel, mais rechercher l’éternel.

— Mais, Takuan, demanda Otsu agacée, qu’est-ce que « la vérité » ?

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