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L’avis d’un contemporain, épisode 1: Demain j’aurai vingt ans — Alain Mabanckou

20170907_080740Quand maman Martine parle de cette histoire, elle a un sourire qui éclaire tout son visage et efface ses petites rides, elle devient jeune comme maman Pauline. Son visage est tout lisse, sa peau devient comme celle d’un bébé, ses yeux brillent et je ne vois plus ses cheveux blancs. Je l’imagine alors en jeune fille qui fait tourner la tête aux garçons. Comment elle fait pour m’oublier et s’imaginer que c’est quelqu’un d’autre qui est en train de l’écouter puisqu’elle regarde au-dessus de ma tête au lieu de s’adresser à moi directement ? Elle parle à une personne qui n’existe pas et moi je pense : C’est normal, oui c’est normal, les grandes personnes sont toutes comme ça, elles sont sans cesse en train de discuter avec des gens qui habitent leur passé.

Le résumé:

Pointe-Noire, capitale économique du Congo, dans les années 1970. Le narrateur, Michel, est un garçon d’une dizaine d’années qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amitié et de l’amour, tandis que le Congo vit sa première décennie d’indépendance sous la houlette de « l’Immortel Marien Ngouabi », chef charismatique marxiste.

Les épisodes d’une chronique familiale truculente et joyeuse se succèdent, avec ses situations burlesques, ses personnages hauts en couleurs : le père adoptif de Michel, réceptionniste au Victory Palace ; maman Pauline, qui a parfois du mal à éduquer son turbulent fils unique ; l’oncle René, fort en gueule, riche et néanmoins opportunément communiste ; l’ami Lounès, dont la sœur Caroline provoque chez Michel un furieux remue-ménage d’hormones ; bien d’autres encore.

Mais voilà que Michel est soupçonné, peut-être à raison, de détenir certains sortilèges…

Au fil d’un récit enjoué, Alain Mabanckou nous offre une sorte de Vie devant soi à l’africaine. Les histoires d’amour tiennent la plus grande place, avec des personnages attachants de jeunes filles et de femmes.

La langue que Mabanckou prête à son narrateur est réjouissante, pleine d’images cocasses, et sa fausse naïveté fait merveille.

J’ai aimé

Oui j’ai aimé. Je l’ai lu la nuit, le jour, entre deux pensées, et justement, c’est peut-être ça la beauté du roman. Quand on est dedans, on est quelqu’un d’autre. On est Michel. On a dix ans, on observe avec cette naiveté et cette clairvoyance. On voit le monde comme on ne la jamais vu.

Peut-être que lorsqu’on a bu on discute avec des gens invisibles que ceux qui fabriquent l’alcool ont cachés dans la bouteille et que ceux qui ne boivent pas sont incapables de voir.

Le roman a une trame de fond simple mais qui suffit à nous maintenir intéressé par l’histoire. Les relations entre les personnages sont passionnantes, les dialogues, jouissifs:

– Connard ! lance Yaya Gaston
– Espèce d’individu ! répond Dassin
– C’est qui que traites « espèce d’individu » ?
– Et toi, c’est qui que tu as trait « connard », hein ?
– Le con de ta maman ! reprend Yaya Gaston
– Les couilles de ton père ! hurle Dassin.
– Pauvre capitaliste !
– Misérable valet local de l’impérialisme !
– C’est qui que tu traites « pauvre capitaliste », c’est moi ?
– Et toi, c’est qui que tu traites « misérable valet local de l’impérialisme », c’est moi ?

On voit les réflexions des adultes et on les trouve ou justes, ou folles, ou curieuses, mais on les écoute, car ce sont nos ainés, et qu’on a dix ans.

Papa Roger n’aime pas les militaires et il croit que les nôtres ont toujours faim… Papa Roger croit aussi que si nos militaires ne font pas de sport c’est parce qu’ils se disent que c’est pas demain que nous serons en guerre et que de toute façon c’est pas un pays comme le Congo qui peut la gagner.

Et puis il y a ces évidences sur l’Afrique, qu’un enfant nous enseigne avec cette touchante simplicité:

Dans notre pays, un chef doit être chauve et avoir un gros ventre. Comme mon oncle n’est pas chauve et n’a pas de gros ventre, quand tu le vois, c’est pas tout de suite que tu peux savoir que lui c’est un vrai chef avec un grand bureau au centre-ville

Je vous recommande de lire ce livre si vous aimez la poésie, l’humour, la naiveté, si vous avez adoré Forrest Gump, si vous aimez le Congo, ou si vous aimeriez l’aimer.

Plus de citations ici:

https://www.babelio.com/livres/Mabanckou-Demain-jaurai-vingt-ans/209247/citations?pageN=1

7 réflexions au sujet de « L’avis d’un contemporain, épisode 1: Demain j’aurai vingt ans — Alain Mabanckou »

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