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L’avis d’un contemporain, Ép 4 : Utopies réalistes — Rutger Bregman

— La semaine de 15 heures, le revenu universel, c’est possible!
— Oh regardez-le, c’est un utopiste! Bouuuuh!

Vouloir un monde meilleur, c’est utopique?

Êtes-vous régulièrement pointé du doigt comme un ou une utopiste par votre tonton réac, votre cousin entrepreneur innovant, ou bien encore votre coiffeur, dont les pupilles dilatées révèlent une addiction à BFMTV? C’était mieux avant.

Si oui, alors vous allez aimer le livre de Rutger Bregman Utopies réalistes, édité au Seuil.

Je vous laisse avec la 4ème de couverture de ce livre passionnant:

Ouvrir grand les frontières, une semaine de travail de quinze heures, le revenu de base universel… Des idées naïves et dépassées ou bien la force de l’utopie renouvelée ? Résolument anti-décliniste, Utopies réalistes tombe à pic et nous explique comment construire un monde idéal aujourd’hui et ne pas désespérer ! D’une ville canadienne qui a totalement éradiqué la pauvreté à l’histoire d’un revenu de base pour des millions d’Américains sous Richard Nixon, Rutger Bregman nous emmène dans un voyage à travers l’histoire et, au-delà des divisions traditionnelles gauche-droite, défend des idées qui s’imposent par la force même de l’exemple et le sérieux de la démarche historique. Tout progrès de la civilisation – des débuts de la démocratie à la fin de l’esclavage – fut d’abord considéré comme un fantasme de doux rêveurs.

Le revenu universel

Comme il le dit lui-même, l’idée du revenu universel fait son chemin depuis quelques années. On se souvient d’ailleurs de Benoit Hamon qui le proposait en 2017 lors de la campagne présidentielle. Cette idée qui choque beaucoup les partisans du mérite et de la valeur travail, est en réalité très sérieuse, et tout à fait envisageable. Je vous invite à écouter ce qu’en dit l’auteur.

La valeur travail

Lorsque je vois arriver dans la conversation le point de vue productiviste qui sourit lui-même en voyant débarquer mon point de vue de « doux rêveur », je ne peux m’empêcher de me dire qu’on marche sur la tête. On a ici des gens qui envoient des emails sans importance toute la journée et qui jugent que l’éboueur d’en bas est un branleur sans avenir. Mais, des deux, qui est le plus utile au collectif ? La récente crise mondiale du Covid a d’ailleurs parfaitement mit en lumière ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas.

Rêver, c’est une insulte?

Le progrès, c’est d’abord un rêve. C’est une vision. Sans elle, on ne fait qu’aspirer à un retour au passé impossible, et c’est souvent ce qui ressort dans les programmes politiques de droite, ce que Rutger Bregman appelle la rétro-utopie.

Ce besoin de réforme sociale semble pourtant inévitable, car je ne vois pas comment répondre aux défis du siècle autrement que par l’intelligence collective, l’écologie et la solidarité. Et attention, quand je dis ces mots, je ne les dis pas comme une pub Axa ; non, je les pense vraiment.

On nous dit que le capitalisme mondial que l’on connaît aujourd’hui est globalement positif. Il n’est pas parfait certes, mais mes amis privilégiés me répètent qu’avec quelques ajustements on parviendra à en faire quelque chose de bien, et que les laissés pour compte n’ont qu’à traverser la rue pour en profiter.


Alors soit, admettons que le capitalisme soit un système plutôt équitable et démocratique. Un système qui a un avenir pour tout le monde, et pas seulement pour les individualistes obsédés par le gain à court-terme. Au fond, si ce système est vu comme le seul valable, c’est parce qu’on nous rappelle à qui veut l’entendre qu’il existe bien pire. Oui, han han, mais existe-t-il un système meilleur ? Un système qui aurait les moyens de donner à tous un droit au bonheur et à la dignité humaine ? Autrement dit, un système collectif qui vise à prendre prendre soin de ses membres. Certains d’entre nous, les « utopistes » en ont l’intuition. C’est possible. Non : c’est indispensable.

TINA

TINA. There is no alternative. Well… go fuck yourself Margaret 😉
Des alternatives il y en a. Et le plus intéressant, c’est que ces idées, malgré l’aversion qu’elles entraînent chez les partisans de l’économie de marché, ces idées sont viables économiquement et sociologiquement. Oui, oui, il existe des expériences et des recherches qui le prouvent.

Cela étant, si l’idée d’être, dans vingt ans, trente ans, cinquante ans, assis en guenilles sur les restes fumants de la civilisation humaines avec pour seule litanie ce slogan cynique et mensonger de Margaret Thatcher, alors ne lisez pas le livre de Rutger Bregman.

Sinon, foncez!

Je vous laisse avec quelques extraits

Il est temps de redéfinir notre conception du « travail ». Quand j’appelle à une réduction du temps de travail, ce n’est pas en faveur de longs week-ends léthargiques. Je nous invite à passer plus de temps à ce qui nous importe vraiment. Il y a quelques années, l’auteure australienne Bronnie Ware a publié un livre intitulé The top five regrets of the dying (Les cinq principaux regrets des mourants), sur les anciens patients qu’elle a soignés tout au long de sa carrière d’infirmière. Et devinez quoi ? Pas une de ces personnes ne disait regretter de n’avoir pas prêté suffisamment d’attention aux présentations en Power Point de ses collègues, ni qu’elle aurait préféré réfléchir davantage à la cocréation disruptive dans la société en réseau. Le regret le plus souvent exprimé était « J’aurais voulu avoir le courage de vivre ma vie en étant fidèle à moi-même, pas la vie que les autres attendaient de moi. » Juste après venait : « J’aurais voulu ne pas travailler si dur. »

Et à dire vrai, les états-unis sont probablement le pays sur terre où le rêve américain a le moins de chances de se réaliser. Quelqu’un qui souhaiterait gravir les échelons conduisant de la misère à la prospérité ferait mieux de tenter sa chance en Suède, où quelqu’un qui est né dans la pauvreté peut toujours espérer un avenir plus brillant.

Ironiquement, les habitants des pays a fort degré d’égalité, comme l’Allemagne et la Norvège, sont moins enclins à s’attribuer le mérite de leur réussite. Aux Etats-Unis, au contraire, les gens ont moins souvent tendance à considérer leur réussite comme le produit de la chance ou des circonstances.

En définitive, ce ne sont ni les marchés ni la technologie qui décide de ce qui a de la valeur, mais la société. Si nous voulons que ce siècle contribue à nous enrichir tous, nous devons nous libérer du dogme selon lequel tout travail est utile. Et pendant que nous y sommes, délivrons-nous aussi de l’erreur qui veut qu’un haut salaire soit automatiquement un reflet de la valeur dans la société.

Alors nous pourrions comprendre qu’en terme de création de valeur, il n’est pas payant d’être banquier.

Une carte du monde qui ne comprendrait pas l’Utopie ne serait même pas digne d’être regardée, car elle laisserait de côté le seul pays ou l’Humanité vient toujours accoster. Et après y avoir accosté, elle regarde autour d’elle, et, ayant aperçu un pays meilleur, reprend la mer.
Le Progrès est la réalisation des Utopies.

Oscar Wilde

2 réflexions au sujet de « L’avis d’un contemporain, Ép 4 : Utopies réalistes — Rutger Bregman »

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