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Un français au Canada, Ép 03: L’art de la critique positive

L’une des premières leçons qu’on m’a enseignée au Canada, c’est de ne jamais critiquer sans offrir de piste de solution. Jamais.

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Jamais.

Par exemple, au lieu de dire:

« ça marche pas ton truc » On dira « ça marche pas, essaie peut-être de rebrancher tel cable ». Ce qui, avouons-le, est nettement plus agréable pour 3 raisons :

  1. On va solutionner plus rapidement un problème.
  2. Ne pas abandonner la personne face à une difficulté.
  3. Ne pas accuser l’autre ou sous-entendre qu’elle est nulle.

Tout ça, grâce à un tout petit effort, celui d’offrir une piste de solution.

Le système positif

Alors je sais, le tout positif est dans l’air du temps. On en vante les mérites à tout bout de champs, surtout dans l’entreprise.

Importer un système de communication tel que le parler positif d’Amérique en France par le biais de l’entreprise ne va probablement aider les gens à apprécier ce concept. Parce que dans le cas de l’entreprise, la base du besoin ce n’est pas le bien-être ou le bonheur, mais probablement — quoique pas toujours — la productivité et le profit. Cela signifie que le responsable communication chargé de faire passer la pilule va probablement faire de la com’ et tomber dans l’hypocrisie politique. Je comprends du coup qu’on soit réticent à ce parler positif qui ne résiste d’ailleurs pas à notre esprit critique légendaire de français qui va l’analyser, en détecter les faiblesses, et s’en méfier, voir le rejeter tout à fait, car imparfait.

Et pourtant, cette positivité systématique à du bon. Souvent — l’immense majorité du temps — elle est en adéquation avec les bonnes intentions de son utilisateur. Je veux dire par là que les canadiens sont généralement gentils, sensibles, solidaires, et profondément empathiques. S’ils ont une critique à vous faire, croyez bien que ça les fait eux en premier lieu. La négativité, personne n’en veux, et c’est donc tout naturel de chercher systématiquement une voie plus positive pour exprimer ce qu’on ressent.

Moi je

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C’est ton moment!

L’école canadienne des années 80-90 (et sûrement celle d’aujourd’hui) est très différente de l’école française, ou du moins de celle dont je me souviens.

Au Canada, outre les matières traditionnelles, on prépare les enfants à grandir dans un monde mondialisé. C’est normal après tout, puisque le Canada est peuplé à 99% d’immigrants ou de descendants d’immigrants. On y connait que trop les difficultés à se comprendre et on y célèbre — pas toujours malheureusement — la diversité. Une grande part du comportement si positif des canadiens vient probablement de cette éducation où, en lieu et place d’un nationalisme basé sur l’histoire et l’identité culturelle, on enseigne l’internationalisme et le respect de la différence.

Est-ce possible ? Dans quel but ? Y a-t-il une intention maléfique derrière cet enseignement ?

Ma petite amie m’a raconté qu’à l’âge de 5-6 ans, on fait travailler les enfants ensemble, à quatre par table, sur des projets communs. Pour s’assurer que les enfants se sentent bien et à l’aise, on les invite à s’exprimer sur leur ressenti vis-à-vis de leur place dans le groupe et de l’avancement du travail. C’est à cet instant que les enfants apprennent ce qui leur servira dans leur vie d’adulte, et notamment au travail :

Enfant A, qu’on appellera Vicky:

— J’aime bien mon groupe, mais j’aime pas Marc.

Professeur:

— D’accord Vicky, mais ce n’est pas très gentil de dire ça. Tu devrais expliquer ce qui te dérange toi, chez Marc.

— Il se cure le nez tout le temps.

— Je vois, alors, dis-lui pourquoi ça te dérange, et demandes-lui d’arrêter poliment.

— Marc, je n’aime pas quand tu te cures le nez parce que je trouve que c’est sale. J’aimerais que tu ne le fasses plus s’il te plaît.

C’est à ce moment-là qu’on le déclic intervient: on remplace le c’est pas bon par je n’aime pas, et on ajoute car je n’aime pas ceci ou cela.

Un ego positif ?

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Ah l’égo!

Le politiquement correct

J’en ai déjà parlé dans un épisode précédent de Un français au Canada, le politiquement correct fait partie intégrante de cette culture de la critique positive. C’est d’ailleurs ce que les français à qui je raconte le Canada pointent du doigt le plus souvent. Il trouvent que cet adoucissant qu’on ajoute à toutes les conversations — haha! quelle image! — est une forme de censure et d’uniformisation de la pensée. Peut-être ont-ils raison d’une certaine manière. Mais dans l’ensemble je trouve leurs craintes — car il s’agit bien de cela —injustifiées. En effet, le politiquement correct à la canadienne même s’il n’est pas parfait, permet néanmoins :

  • D’être honnête. Il y met des formes, c’est tout, ce qui est d’ailleurs la base d’une communication polie.
  • D’avoir de l’empathie pour l’autre. On s’interroge sur ce que va ressentir la personne à qui l’on fait une critique.
  • D’encourager la personne à faire mieux (même si je n’aime pas cette idée qui est souvent utilisée pour exploiter).
  • D’apprendre à écouter.
  • De discuter avec n’importe qui, de n’importe quoi.

Le problème de Comment améliorer la critique positive?

Il y a toutefois trois aspects de ce mode de communication qui me dérangent.

Le premier, c’est que parfois on est à la limite de l’absurde. En effet, il m’est arrivé d’avoir des conversations avec un interlocuteur qui n’est pas du tout d’accord avec ce que je viens de dire et qui pourtant commencera son contre-argument par:

— Absolument, tout à fait, cependant…

Le deuxième aspect qui me gêne: il est très facile de tomber dans la com‘. N’importe qui d’un peu à l’aise avec les mots, pour qui la fin justifie les moyens, se sortira de n’importe quelle situation et pourra accéder à n’importe quel étage de l’ascenseur capitaliste social . Il suffit d’être d’accord avec l’autre, de l’encourager, de remercier le travail de…, d’assurer  l’autre de nos efforts, etc. Ce qui laisse une grande liberté aux arrivistes égoïstes.

Enfin, le dernier aspect un peu gênant de la critique positive, c’est le jugement passif-agressif. Cette expression, je ne l’ai jamais entendue en France, et pourtant ici tout le monde la connaît. Cela désigne l’attitude de quelqu’un qui, au lieu d’exprimer sa critique à voix haute, juge à voix basse et grogne dans son coin, ou sans être clair, comptant sur le fait que cette grogne sourde suffira aux destinataires pour comprendre et corriger leur comportement. Si, par exemple, vous doublez quelqu’un dans une file d’attente, on ne vous dira sûrement rien, mais il y a aura des regards en coin, des messes-basses, et vous serez jugé(e). C’est à se demander si un bon vieux Dites-donc malotru! ne ferait pas mieux l’affaire.

 

Merci d’avoir suivi cet épisode de Un français au Canada ! N’hésitez pas à lire mes autres articles, à vous abonner, partager, bref! distribuer un peu d’amour dans ce monde de brutes.

 

 

 

 

 

 

 

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2 réflexions au sujet de « Un français au Canada, Ép 03: L’art de la critique positive »

  1. Hahaha j’adore lire tes aventures au Canada ! Étant moi-même Canadienne Française, ce sont des trucs que je ne remarques pas et quand je les lis sur ton blog, je ne peux pas m’empêcher de penser  »c’est tellement vrai ! » 😛 Mais honnêtement, je ne changerais ça pour rien au monde ^^ Je trouve ça beau, les différentes cultures qui se découvrent et se mélangent 🙂 J’aime beaucoup ton blog, continue ton super travail !

    Aimé par 1 personne

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