Réflexions en tout genre.·Tous les articles·Un français au Canada

Un français au Canada, Ép 02: Le Top 5 des « croyances » les plus choquantes.

Épisode 1 ici.

Je sais pas vous, mais moi, je continues d’obéir à des règles un peu bizarres qu’on m’a inculquées pendant l’enfance. Jamais je n’ai remis en cause cette doctrine. Peut-être qu’elle disait vrai, ou peut-être qu’elle ne voulait pas avoir à me sécher les cheveux à l’heure de Question pour un Champion

Eh bien c’est pareil avec le pays, la culture, la religion, la société, la politique, etc. Oui je sais ce n’est pas surprenant, on s’en doute. Et puis, qui a le temps de se poser toutes ces questions ? Un point pour vous. Seulement, quand on déménage à l’autre bout du monde, ces super vérités se heurtent à leurs arch-vérités dans un combat digne d’une superproduction.

giphy (2)

Les OGM ?

Oui, je sais. Celle-là, il y a des preuves scientifiques derrière. Celui qui dit le contraire est forcément un con. Même quand c’est votre petite amie, la totalité de vos collègues de boulot, et vos nouveaux amis non-européens qui vous disent que c’est le progrès, que les OGM permettent:

  • moins de pesticides
  • moins de labour
  • pesticides moins toxiques
  • production agricole accrue
  • impact sur la biodiversité
  • solutions pour le futur

Vous voilà plongé dans un doute profond duquel vous ne pouvez sortir que de trois manières :

La foi: C’est vous qui avez raison, si 66 millions de Français (et des Belges, des Allemands, des Espagnols, etc.) n’en ont jamais douté, ce n’est pas pour rien. De plus il y a des centaines de scientifiques qui le disent, les preuves existent… encore une fois, la France et ses représentants ont sauvé l’humanité de la bêtise américaine. Mais cela n’impressionne personne autour de vous, cela n’a pas même l’air de les faire réfléchir.

L’acceptation: À 20 contre 1 on s’incline ? Peut-être. Après tout vous n’y connaissez pas grand-chose aux OGMs à part ce qu’on en dit dans les repas de famille et les envolées lyriques de deux heures du matin avec votre meilleur.e ami.e autour d’un bon relaxant. Du coup si des gens d’un peu partout — des gens qui lisent des livres — vous disent que vous êtes réactionnaire, je ne vous en voudrais pas d’admettre la défaite. D’ailleurs, il existe une expérience très intéressante sur la pression sociale qui vous donnerait raison d’agir ainsi : en gros, on montre un objet rond à trente personnes qui vont mentir et dire qu’il est carré, et on pose la même question à un sujet lambda, en se demandant si il va délibérément mentir pour rentrer dans le moule. Dans l’extrême majorité des cas, le sujet se plie à la décision du groupe et prétend que l’objet est carré. Si au moins un des menteurs reconnait que l’objet est rond et brave le consensus, alors la plupart des sujets testés diront qu’il est rond.

La demi-mesure: Mettre de l’eau dans son vin ? Pour un français, ce n’est certainement pas chose facile. Mais on essaie de s’intégrer alors on regarde sa petite amie et on lui dit: « Peut-être que ce n’est pas si simple. Il y a sans aucun doute des études qui montrent les avantages des OGMs, d’ailleurs il n’y a pas de malice dans la recherche scientifique et la possibilité d’utiliser la biologie et la chimie pour améliorer le sort de l’homme et de la planète. Cela dit, ne devrions-nous pas rester sceptiques face à des compagnies connues pour manipuler les études afin de mettre sur le marché des produits d’une incroyable dangerosité pour le vivant ? Par ailleurs, sommes-nous bien sûr qu’on maîtrise tous les tenants et les aboutissants d’une nouvelle agriculture mondiale, tant au niveau environnemental, que social et économique ? ». En attendant de faire plus de recherches.

Ouf, on n’est pas sorti de l’auberge…

… si pour respecter les vérités de tout le monde il faut mettre un point d’interrogation à chacune de ses phrases. C’est pourtant ce qu’on apprend assez vite en vivant dans un espace différent de celui dans lequel on a grandi.

pexels-photo-457937

Avant de vous livrer le top 5 des vérités (ou croyances) qui m’ont plongé dans un grand désarroi lors de mes premiers pas à Toronto, j’aimerais préciser que:

  • Tout ce que vous lisez dans cet article est le fruit d’une interprétation de mes perceptions dans un langage et un contexte géographique limité qui n’est pas représentatif de la totalité de la France ou du Canada.
  • Je viens d’une petite ville au nord de Toulouse, je vis dans le centre-ville de Toronto depuis 4 ans.
  • Je ne souhaite heurter les convictions profondes de personne.
  • Il n’y a probablement pas de vérité unique.
  • J’aime la France et le Canada 🙂

 

Le top 5 des croyances qui m’ont choquées à Toronto:

 

Number 5: La confiance générale dans le gouvernement. Les gens ne parlent pas vraiment politique, ils font généralement confiance au gouvernement et le pensent compétent et droit, suffisamment en tout cas pour prendre les meilleures décisions. Cela dit, les Canadiens de l’Ontario n’ont pas honte de leurs idées politiques puisque la plupart des gens soutiennent un candidat politique et en sont fiers.

3a252bffd6
Les petits panneaux qui fleurissent partout en période d’élection. Source BlogTO

Number 4: L’individu contre le groupe. En France on a une culture de collectivité où on invente les règles pour le groupe. L’individu qui s’y trouve devra évoluer dans un cadre sociétal qu’on a pensé longuement afin qu’il soit aussi parfait que possible. Au Canada anglophone, on prend le problème à l’envers: on s’assure que chaque individu peut évoluer sans être oppressé par le groupe. Cela permet d’arriver rapidement à un consensus, mais c’est basé sur une confiance totale en l’individu.

Number 3: Le politiquement correct. Celui-ci est renforcé par le fait qu’on habite en ville et qu’il faut donc être plus civil qu’ailleurs. En France, on dit qu’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde, ici, ce serait plutôt on peut rire de tout si ça ne heurte personne (y compris ceux qui ne sont pas autour). Il y a cette idée reine qu’on ne doit pas blesser l’autre. C’est aussi parce qu’on n’aime pas provoquer, choquer, créer du conflit, même si le conflit est souvent le point de départ d’une émulsion.

Number 2: La carrière et la réussite. À Toronto, la plupart de vos amis vous souhaitent de réussir et de gagner de l’argent. En France il y a un vrai tabou avec l’argent, car vouloir en gagner est associé à une ambition individuelle, au détriment du groupe social auquel on appartient. L’idée que l’argent ne fait pas le bonheur est tellement ancrée qu’on associe presque le fait d’en avoir avec le malheur. C’est comme si l’argent était une denrée limitée et qu’en vouloir reviendrait à tirer la couverture vers soi. Or ici, dans la plus grande ville canadienne, on a une attitude tout à fait différente. On pense que l’argent est créé par les ambitions et les initiatives de chacun, que c’est bon pour le groupe, et pour un individu en particulier, c’est synonyme de réussite/bonheur — à tort ou à raison.

Number 1: La logique comme valeur refuge. J’ai été surpris en réalisant à quel point la langue anglaise utilise la logique. Si 1 + 1 = 2 alors on continue, on passe à l’idée suivante. On ne se pose pas trop de question, on avance, tant que c’est logique. Vous me direz peut-être qu’en français c’est la même chose, mais selon moi, les deux langues gèrent la logique vraiment différemment. Par exemple, dans une discussion en français, on s’interroge souvent sur le sens des mots, sur l’intention du locuteur, sur les résultats possibles de l’acceptation d’une énonciation. Ici beaucoup moins. En fait, si on est convaincu par le discours, on continue. Cela donne beaucoup plus de pouvoir à la rhétorique.

Vous remarquerez à Toronto que les gens disent souvent, à la fin de leur discours, « does that make sense? » « Est-ce que ça a du sens ? Est-ce que c’est logique ce que je viens de dire ? Est-ce que ça te semble raisonnable ? »… ce qui conduira probablement à un « oui » franc et massif. Mais attention, ce oui veut aussi dire que vous êtes d’accord avec tout ce qui a précédé.

Does that make sense ?

giphy (3).gif

Prochain épisode: l’art de la critique positive.

Aperçu: L’une des premières leçons qu’on m’a enseignée au Canada, c’est de ne jamais critiquer sans offrir de piste de solution. Jamais…

Par exemple, au lieu de dire:

« ça marche pas ton truc » On dira « ça marche pas, essaie peut-être de rebrancher tel cable ». Ce qui, avouons-le, est nettement plus agréable pour 3 raisons…

l’art de la critique positive

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s