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Sous la robe

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« Tu m’aimes ?

— Oui.

— Alors, embrasse-moi.»

Quelle niaiserie ! se dit Cécile. Elle regrettait déjà d’avoir choisi ce livre-là dans la bibliothèque.

Elle ne trouvait pas le sommeil. Par la fenêtre ouverte, ça sentait encore la nuit. Le bruit des grenouilles en juin, vous avez une idée du boucan que ça fait ? Cécile, oui, depuis hier. Ça ne s’arrêtait jamais. C’était comme un concert interminable qu’on écoute à travers le sommeil pour deviner où on était du programme. Était-ce la première partie ? Les grillons tenaient-ils le haut de l’affiche ? Et le rappel ? Pourvu qu’il n’y en ait pas ! C’était assez long comme ça.

Quand elle parvenait à oublier les batraciens, Cécile se mettait à jouer du drap comme un rameur professionnel. Un coup on poussait le tissu sur les hanches, l’instant d’après on remontait tout par-dessus les épaules. Et puis on avait chaud. Et puis on avait froid.

À cinq heures du matin, elle se glissait nue hors du lit.

Elle tamponna sa nuque pour sécher la rosée laissée par sa sueur, puis ramassa sa robe et l’enfila par le bas. Les bretelles agrippées à ses épaules comme les pattes d’un animal endormi, Cécile se dirigea vers la sortie. Elle testait le plancher grincheux du bout des orteils avant d’y poser tout son poids, comme on évite les pièges d’un temple oublié au coeur de la jungle. La porte atteinte, elle en saisit la clenche, la serra, et avec une pression mesurée, l’actionna. Le battant roula sur ses gonds sans grincer. La jeune femme jeta un oeil, écouta le silence, puis se faufila dans l’espace libre. Sans attendre, elle s’éloigna. Elle ne voulait surtout pas réveiller ses beaux-parents. En plus, dans cette tenue ? Son beau-père aurait une attaque. Elle se dirigea vers la cuisine du gîte, sans allumer. Heureusement, la lune entrait par les fenêtres sans volets.

À tâtons, Cécile déplaça son corps tiède jusqu’à l’évier. Elle cligna des yeux, puis tira sur le levier de droite. Un jet bruyant rebondit au fond de la cuve, aussi repoussa-t-elle la manette en urgence. Au deuxième essai, elle obtint un silencieux filet d’eau. La bouche ouverte et les cheveux sur l’épaule, elle se pencha pour tout gober. Le goût était un peu minéral, mais délicieux. Cécile se redressa, et se tourna pour appuyer ses reins contre le plan de travail. Une goutte roula depuis le coin de ses lèvres sur son menton, elle la neutralisa du revers de la main.

Que faire maintenant ?

La jeune femme se dit qu’après un orgasme, elle s’endormirait peut-être. Elle avait chaud, et ne se sentait pas spécialement d’humeur, mais si par hasard elle parvenait à lancer la machine, il ne lui faudrait pas longtemps. Elle fit un tour d’horizon de la pièce, comme si, entre les piles d’assiettes, sur le mur derrière la télé, dans le hall sous les vestes pendues, se cachait la clé de sa libido. Elle pensa à Julien, qui dormait dans la chambre de l’autre côté du couloir. Ses parents, très — trop — conservateurs, ne souhaitaient pas que leur fils et sa fiancée partagent la même couche. Pas avant, du moins, que leur union ne fût reconnue devant Dieu et les voisins.

Cécile, en pensant à son amant, se dit que ça pourrait marcher.

Elle traversa le salon, atteignit les chambres, et s’arrêta devant les deux portes restées fermées. Un doute. Bon sang ! C’était laquelle ?

Cécile tergiversa quelques secondes, puis préféra tenter au hasard, avant de perdre toute audace. Elle saisit la poignée, et la baissa très lentement.

Merde ! Si quelqu’un regarde de l’autre côté, ils vont avoir une sacrée frousse.

Le mécanisme cliqua, Cécile tira la porte doucement et plaqua son oeil dans l’entrebâillement.

Ouf !

Dans la pénombre, elle reconnut son petit ami, allongé sur le dos, le bras bizarrement posé en travers de la poitrine. Ça ne pouvait pas être confortable. Cécile s’approcha, identifia l’emplacement des jambes sous le drap, et grimpa sur le lit. Julien dormait en respirant fort. Comme d’habitude. Tiens ! Il bavait un peu aussi. Pas très romantique. Le regard de la jeune femme glissa rapidement sur l’objet de sa convoitise. Sous le linge froissé, on peinait à deviner l’organe. Précautionneusement, Cécile le découvrit. Tourné sur le côté, il ressemblait à une de ces baleines échouées sur une plage. Ses testicules, à l’abri de son entrejambe, dormaient l’une sur l’autre. La jeune femme observa le torse musclé de son amant. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait à peine. Son bras mal placé suivait la cadence d’un air grotesque.

Cécile déposa sa main sur la cuisse de Julien, tout près de son pénis. Elle fit glisser ses doigts sur la chair, et sentit l’organe flasque rouler sous sa paume. Elle descendit un peu, et saisit les testicules qu’elle réveilla avec douceur, avant de les tirer hors de leur repère chaud. Elle pensa à la porte qu’elle avait laissée entrouverte, et s’imagina vue de dos, à peine vêtue, un sexe à la main. La scène lui donna le goût de poursuivre, comme pour montrer qu’elle n’avait pas froid aux yeux.

Et si je la suçais un peu, cette bite ?

Cécile se pencha en avant. Ses seins lourds tendaient le tissu. Derrière elle, la robe s’étirait, s’étirait, puis soudain perdait prise et glissait jusqu’en haut de sa croupe. Comme si on venait de lui cingler le fessier, la jeune femme laissa échapper un « oh! » clairement audible. Elle mit une main sur sa bouche, cessa de respirer. Les sens en alerte, elle attendit. Le toit grinça, les poutres s’étirèrent en craquant, et puis la maison expira en s’endormant à nouveau.

Cécile vida tout l’air de ses poumons et sentit ses muscles se détendre. Elle observa Julien, il ne bougeait pas. Elle se demanda si une fellation le réveillerait. Les souvenirs d’anciens amants lui revinrent en mémoire. Elle les passa en revue. Les images se pressèrent dans son esprit, comme si, là encore, les mâles se disputaient pour obtenir son attention.

Poussez pas, il y en aura pour tout le monde.

Cécile, tel un automate, se mit à actionner l’index et le pouce sur le pénis de Julien. De haut en bas, sans y penser, jusqu’à ce qu’un soubresaut dans l’organe l’interpelle.

Regardez-moi ça, il se réveille.

Le sexe commença de gonfler, encore flasque. Un nouveau sursaut l’agita. Cécile ajouta trois doigts à sa prise, et sentit le membre remplir l’espace creux en quelques secondes. Lorsqu’elle ouvrit la main à nouveau, il avait presque doublé de volume. Avant qu’il ne soit trop raide, elle le mit en bouche. Entièrement. Goulument. Jusqu’à la garde. La douceur de la peau sous ses lèvres ne dura qu’un instant, car bientôt Cécile sentit le membre s’arquer comme un soldat au garde-à-vous. Elle le recracha sans cérémonie, avant que son larynx ne se rebelle.

Julien grogna. Ses bras s’ouvrirent, ses jambes aussi. Son dos se cambra, ses fesses se contractèrent. On eût dit que son sexe voulait s’envoler, et qu’il y parviendrait, s’il n’était pas ancré au sol par ce corps trop lourd.

Cécile attrapa le membre avec détermination, et posa ses lèvres dessus. Elle fit glisser sa bouche en maintenant une pression mesurée, constante, totale. Une pression scientifique que des années d’expérience avaient apprivoisée. Julien grogna de nouveau. Il s’éveillait. Sa respiration était saccadée, insuffisante presque, pour soutenir le rythme que cette fellation lui imposait.

Ses mains se posèrent sur la tête de Cécile, il l’attira plus loin sur son sexe. Elle se laissa faire, surprise par ce geste sûr qui ne ressemblait pas au Julien doux qu’elle connaissait. Le membre vint buter contre sa gorge, elle toussa. Et Julien se réveilla.

« Hum… », râla-t-il.

Prenant cela comme une invitation, elle se mit à sucer plus fort. Le regard planté dans ses yeux mi-clos.

C’est alors qu’il réalisa que sa fiancée était sur son lit, le cul en l’air, les seins ballottant au gré de ses efforts, la peau à peine couverte par un tissu fin. L’image le fit bander plus fort encore, et il songea avec délice au moment où il jouirait. Mais la porte était entrouverte, et il pensa à ses parents, à quelques mètres.

« Mon coeur attends. »

Cécile comprit ce qui n’allait pas. Elle aspira le sexe de Julien et lui arracha un nouveau râle.

« Je suis sérieux, Cécile, arrête, articula-t-il enfin.

— Ne t’en fais pas, laisse-toi faire. Jouis si tu veux.

— Oh putain.

— Et après tu me lècheras ?

— J’aimerais bien, mais, mes parents… »

Il se rendit compte que le volume de sa voix était un peu trop fort. Il répéta en chuchotant:

« … Mes parents… »

Cécile l’observa, et sentit entre ses doigts le membre se dégonfler doucement.

Il se tire en douce. Quel manque de tact!

« OK chéri, j’ai compris. »

Julien lui caressa la joue, comme pour s’excuser, ou la remercier, puis exhala sa frustration avant de couvrir sa nudité avec le drap.

Cécile se redressa sur ses genoux. En elle, le feu avait pris. Elle le sentait s’étendre de son bas ventre vers son clitoris. Le désir s’exprimait de deux manières différentes, fort heureusement compatibles. Julien saisit la main de sa fiancée et la serra, puis la relâcha en se tournant sur le côté. Cela voulait dire bonne nuit.

La jeune femme quitta le lit en ajustant sa robe. Incertaine, elle se dirigea vers la bibliothèque. Il lui devenait difficile de se concentrer sur autre chose que le plan qui l’amènerait, par de délicieux détours et retenues, à la délivrance finale. Cécile passa en revue les livres sur l’étagère la plus haute. Entre deux romans sans saveur, elle en reconnut un dont on lui avait parlé : Querelle de Brest. L’histoire d’un marin violent qui fait l’amour avec des hommes. C’est cru, lui avait dit son amie. Cécile tenta de se représenter la scène. Une vibration dans l’entrejambe l’encouragea à poursuivre, et elle se saisit de l’ouvrage. Elle le fixa entre ses deux mains, sans l’ouvrir. Son imagination l’entraînait déjà sur les rives d’un fantasme lointain, où deux de ses acteurs favoris jouaient pour elle une rencontre homosexuelle. Pendant des années, ils s’étaient pliés à ses humeurs, mimant tantôt la passion, parfois l’animalité, souvent la douceur. Elle pensa à eux avec tendresse, mais alors qu’ils se déshabillaient déjà, habitués qu’ils étaient à lui obéir, elle leur demanda de rester dans l’ombre, silencieux. Ils pourraient se rincer l’œil avec elle en reluquant ce marin qui se donnait à ses amants.

Cécile oubliait enfin la réalité. Adieu beaux-parents, fiancé, grenouilles et canicule. Elle entrouvrit la porte d’entrée et se jeta sans retenue dans les parfums de l’aube. Les lames de bois de la terrasse craquèrent à tour de rôle lorsqu’elle les piétina. Le portillon geint. Un chien dans le lointain aboya.

Tiens ? Lui non plus ne dort pas.

Au contact de l’herbe froide, sa peau se raidit un instant. Elle se mit à courir à travers le pré, en jetant des regards autour d’elle tandis que le vent sous sa jupe l’explorait sans retenue. Sur son trajet, les grillons et les grenouilles se taisaient. Puis, aussitôt passée, elle les entendaient qui reprenaient. Ses pas se changèrent en marteaux lorsqu’à la ouate de l’herbe succéda le bois creux du ponton. Cécile ramassa le bouquet de fleurs qu’elle avait oublié là quelques heures plus tôt. Affamée, elle en respira les arômes, puis s’allongea sur le dos en fixant les étoiles mourantes.

Elle ouvrit le livre, et commença de le feuilleter, le coeur battant. Le style était agréable. Tout était réuni pour lui offrir un orgasme digne de ce nom. Cécile parcourait les lignes à la recherche d’un indice. La description d’un corps dénudé, l’évocation d’un souvenir interdit, une parole, un ordre, une situation qui échapperait au monde triste de la pudeur et mènerait tout naturellement à cette scène encore inconnue, mais qui bientôt viendrait s’ajouter au panthéon de ses fantasmes. Du moins l’espérait-elle.

Page soixante-six, elle repéra un début prometteur. Lentement, elle avala les phrases suivantes. La corde de sa volupté se mit à vibrer sans discontinuer. Elle poursuivit. Les mots prenaient de la vigueur. Ils s’enchaînaient en rythme, comme les doigts de Cécile qui s’activaient entre ses jambes entrouvertes. Elle eut envie de s’offrir aux regards, attirer l’attention peut-être de ces marins virils. Elle leur donna ses seins, son con, ses lèvres… Rien n’y fit. Rien ne pouvait les détourner de la passion avec laquelle leurs corps s’étreignaient. Les mots devinrent coup de boutoirs, la page, martelée de gémissements rauques.

Cécile sentit s’approcher l’orgasme. Elle pourrait à tout moment libérer la vague de plaisir qui se préparait en elle. Cécile attendit, puis enfin le trouva. Le moment parfait. Le livre tomba au sol. Les images s’emmêlèrent. Elle maintenait la jouissance entre ses doigts experts. Elle l’emmena aussi loin que possible. Avant d’exploser à répétition, une fois, deux fois, trois, quatre, encore un peu…

Ah! Putain oui…!

La cinquième et dernière secousse figea le temps, avant de retomber en dissipant les images obscènes comme le vent chasse les nuages. Il ne resta bientôt plus rien que la douce chaleur et le souvenir diffus d’une victoire. Étourdie, Cécile glissa dans le sommeil.

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