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Révise tes classiques! Épisode 2, S. de Beauvoir.

J’ai lu un livre de Simone de Beauvoir, et je ne regrette rien.

Depuis un an, je m’attaque aux classiques de la littérature, et je dois bien avouer que j’adore ça! Sous la fine couche de poussière, il y a des livres au contenu moderne, vibrant, éternel… des chefs d’oeuvres, oui! Ce qui explique d’ailleurs qu’on les ait rangés au rayon « classiques ».

J’aime buter sur une phrase, par parce qu’elle est mal écrite, mais parce qu’elle exprime la réalité mieux que je ne l’avais perçue jusque-là.

Voici les extraits qui m’ont interpellés dans Mémoires d’une jeune fille rangée, le premier livre d’une série de quatre autobiographies écrits par Simone de Beauvoir.

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De retour d’un été à la campagne, elle décrit Paris :

J’habitais Paris, dans un décor planté par la main de l’homme, et parfaitement domestiqué ; rues, maisons, tramways, réverbères, ustensiles: les choses, pays comme des concepts, se réduisaient à leurs fonctions.

À propos de son éducation :

On m’avait entraînée à confondre ce qui doit être et ce qui est : je n’examinais pas ce qui se cachait sous la convention des mots.

À Propos du bonheur :

La carrière, la cause, c’était abstrait. Je trouvais absurde et criminel de les préférer à la vie.

Comment elle voit les adultes à l’âge de treize ans :

le morne esclavage des adultes m’effrayait ; rien ne leur arrivait d’imprévu ; ils subissaient dans les soupirs une existence où tout était décidé d’avance, sans que jamais personne décidât rien.

Tandis qu’elle lit un livre au bord de son étang favori, et réalise que la nuit tombe :

Les nuages, au fond de l’étang, se teintaient de rose.

En parlant de politique:

Je détestais le conformisme, tous les obscurantismes, j’aurais voulu que la raison gouvernât les hommes ; à cause de cela, la gauche m’intéressait.

L’extrait qui suit est tout simplement prodigieux :

J’aimais les soirs où, après le dîner, je descendais seule dans le métro, et où je débouchais à l’autre bout de la ville, près des Buttes-Chaumont qui sentaient l’humidité et la verdure. Souvent je rentrais à pied. Boulevard de la Chapelle, sous l’acier du métro aérien, des femmes faisaient le guet ; des hommes sortaient en vacillant des bistros illuminés ; aux frontons des cinémas, des affiches criaient. Le monde était autour de moi une présence confuse. Je marchais à grands pas, frôlée par son haleine épaisse. Je me disais que somme toute il était bien intéressant de vivre.

Une très belle image :

Je dressai un vaste plan d’étude, et de minutieux horaires ; je pris un plaisir enfantin à mettre l’avenir en fiches…

À propos du non-conformisme:

Je me sentais moins insolite auprès de lui qu’auprès de tous les gens qui acceptaient la vie ; rien ne me semblait plus important que de la refuser…

À propos de sa soeur :

Quand je poussais mes sentiments au tragique, je me disais que si Jacques mourait, je me tuerais, mais si elle disparaissait, je n’aurais pas même besoin de me tuer pour mourir.

Un souvenir :

… le sabot des vaches heurtant sous les étoiles la porte de l’étable.

Le dernier, à propos de l’amour et du mariage :

Je trouvais gênant que les époux fussent rivés l’un à l’autre par des contraintes matérielles : le seul lien entre des gens qui s’aiment aurait dû être l’amour.

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4 réflexions au sujet de « Révise tes classiques! Épisode 2, S. de Beauvoir. »

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