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Un français au Canada, épisode 1: les petits détails.

J’ai du le mentionner par-ci par-là, je vis à Toronto. J’y suis venu après un long déchirement qui m’arrachait à ma campagne du sud ouest pour me transplanter de l’autre côté de l’Atlantique, dans l’Ontario.

 

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Ne vous en faites pas, je ne vais pas poster mes photos de vacances.

 

Je précise que l’Ontario ne parle pas français, ou très peu. On y retrouve toutes les cultures du monde, toutes les nuances d’humains, mais si vous voulez du français, il faudra se diriger vers Québec. Eh oui! le Québec n’est qu’une partie du Canada.

 

Les petits détails qui déstabilisent.

Abreuvés de culture Nord Américaine, tout le monde l’est plus ou moins. On aime, on aime pas, mais force est de constater qu’on est abreuvé d’images jusqu’à plus soif.

La réalité est d’une autre épaisseur. Prenez l’aéroport par exemple. Le sol, c’est de la moquette. C’est doux, c’est chaleureux, un peu vieillot. Alors, en français bien élevé on s’insurge contre les acariens et la pollution des détachants, mais apparement l’Amérique s’en fout, elle veut de la douceur, de la chaleur, du confort.

Je vous mets une deuxième photo, depuis le balcon de mon tout premier appartement à Toronto.

 

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La vue sur Dufferin St depuis mon balcon.

 

Sur cette photo, on voit une route, deux trottoirs, des véhicules, des toits. Jusque là tout va bien, on reconnait les concepts. Mais remarque-t-on que les toits sont faits de plaques de goudron flexible clouées à une armature, et que leur odeur est franchement désagréable en été. A-t-on vu que la route est bruyante à toute heure du jour et de la nuit, avec ses quatre voies où, d’ailleurs, on est libre de se garer comme ça. Et les trottoirs ? Eh bien quoi ? Ils sont ni plus ou moins que des carrés de béton coulés plus ou moins à la main les uns à côté des autres, ils sont énormes. Quand aux voitures, pas une n’est manuelle, pas une ne tourne au diesel, pas une ne conserve sa carrosserie intacte longtemps, à cause du sel qui les dévore, l’hiver.

Autre point intéressant: avant le grand départ je ne réalisai pas la taille de la ville, virtuellement infinie. Il me semblait que mon appartement serait proche du centre, mais j’ignorais que bientôt il me faudrait plus d’une demi heure de transports en commun pour m’y rendre. Et pour sortir de la ville… Une heure et demie… d’autoroute. Ce n’est pas le paradis du cueilleur de champignons.

Il y a aussi tous ces moments où la réalité ressemble à un film. Ces moments où on aimerait partager avec quelqu’un l’incroyable sentiment de traverser une réalité qui n’était pas faite pour exister. Ce qu’on a toute sa vie imaginé — de gré ou de force — n’existe qu’entre deux-mondes, dans un irréel qui tout à coup est là. Les feux de circulations jaunes, suspendus au-dessus des 4×4, les pompiers avec leurs casques, leurs vestes XXL et leurs grosses bottes, les services publics où l’on attend son tour avec un numéro, comme chez le poissonnier.

 

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Une partie du centre, vu depuis la Tour CN

 

Quelques exemples:

  • Les prises électriques et les boutons qui n’ont pas évolué depuis Scarface (l’original de 1932). Curieusement, la plupart des interrupteurs sont uniques dans une pièce. C’est très handicapant et franchement agaçant de toujours retourner là où on a allumé pour éteindre.
  • Les poignées de porte rondes et les verrous qu’on pousse pour vérrouiller avec toujours un petit doute sur l’efficacité du produit.
  • La salle de bain avec ses robinets qui couplent pression et température, ses toilettes gigantesques à chasse d’eau sur le côté.
  • Les produits surdimensionnés: Pots de mayo de 1L, boîtes de 400 comprimés, pots de glace de 2 kilos.
  • Le manque affligeant de choix dans le sucré. Eh oui! On imagine que parce que c’est l’Amérique du Nord, c’est le paradis des amateurs de sucré. Confiserie, patisserie, biscuiterie, produits laitiers, Chocolat… c’est l’enfer pour nous français qui sommes habitués au choix et à la qualité. À Toronto il n’y a ni l’un ni l’autre, et en plus c’est cher.
  • L’électroménager est également géant. La machine à laver s’ouvre sur le haut, et propose une molette pour la température (froid, tiède, chaud) et le volume de la brassée (comme disent les québécois), c’est simple et on peut laver tout son linge de la semaine en une fois.
  • Les prix sans TVA. Au début c’est assez perturbant, d’autant que lorsqu’il s’agit d’un service il faut aussi y ajouter le pourboire (obligatoire et variable selon la région, le type de service et la qualité de ce-dernier). Une bière à 5 dollars sur le menu devient $5 + TVA 13 % $0.60 + pourboire 17% si carte bleue ou $1 si pose la pièce sur le comptoir = environ $6.60.
  • Le paiement par carte bleue qui vous demande d’abord si vous êtes d’accord avec le montant puis qui vous demande si vous souhaitez laisser un pourboire, puis enfin qui vous laisse payer.
  • L’anglais. Parlé par un belge, un indien, ou un chilien, l’anglais devient une langue unique qui ne ressemble plus à son épisode de Friends préféré. J’ai fais un entretien d’embauche ou je n’ai strictement rien compris malgré mon anglais que je pensais très bon. Et que dire de mes collègues de boulot qui m’entendaient dire let’s fuck us (au lieu de focus) à longueur de journée.
  • Les oeufs, blancs.
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Non, ils ne sont pas peints.

 

Voilà, c’est la fin du premier épisode de la série Un français au Canada.

Au prochain épisode, j’évoquerai le contraste des évidences, ou comment j’ai compris que ce qui coule de source en France n’est pas valable partout, bien au contraire.

Aperçu:

Je sais pas vous, mais moi, je continues d’obéir à des règles un peu bizarres qu’on m’a inculquées pendant l’enfance. Jamais je n’ai remis en cause cette doctrine. Peut-être qu’elle disait vrai, ou peut-être qu’elle ne voulait pas avoir à me sécher les cheveux à l’heure de Question pour un Champion

Eh bien c’est pareil avec le pays, la culture, la religion, la société, la politique, etc. Oui je sais ce n’est pas surprenant, on s’en doute. Et puis, qui a le temps de se poser toutes ces questions ? Un point pour vous. Seulement, quand on déménage à l’autre bout du monde, ces super vérités se heurtent à leurs arch-vérités dans un combat digne d’une superproduction.

La suite ici, un français au canada, épisode 2, le top des vérités les plus choquantes.

 

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10 réflexions au sujet de « Un français au Canada, épisode 1: les petits détails. »

  1. Alors, là, j’adore !!! Ca fait un petit bout de temps que mon homme et moi caressons l’envie de partir vers le Canada et lire tes tribulations, ça donne tout de suite le ton entre le fantasme et la dure réalité du terrain. Super chouette, merci !

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  2. Ah ah ah, j’ai bien ri, je vis aux Etats-Unis dans le New Jersey et ce sont les mêmes chocs culturels avec la même moquette dans l’aéroport etc. Ca me rappelle des souvenirs, mes chocs culturels quand je suis arrivée… en 2002. Ceci dit 15 ans après j’en ai toujours des chocs culturels. Puis au retour en France en été, d’autres chocs culturels, inverses, plus petits mais des choses que j’avais oubliées (comme par exemple que personne ne se trimbale avec une cup en carton géante pleine de cafe en marchant dans la rue en France.)

    Aimé par 1 personne

  3. coucou 🙂 j’ai l’habitude quand on passe par chez moi de rendre la pareille et avec toi (je peux le tutoiement ?), je voyage et cet article m’a fait sourire ! Ce qui me fait le plus sourire c’est ton incroyable sens de l’observation lol et des descriptions qui me donnaient l’impression d’y être 🙂

    Aimé par 1 personne

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