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Révise tes classiques! Épisode 1, Proust.

Tout ma vie j’ai lu en dilettante, un à-côté, tout au plus. À côté de mon amour de jeunesse, à côté de mon travail, à côté de mes loisirs, à côté de mon apprentissage de la langue anglaise et de la culture Nord Américaine — je vis à Toronto.

Depuis un peu plus d’un an maintenant j’ai remis la lecture au centre. Je continues de travailler, d’apprendre, d’aimer et de me relaxer, mais la lecture et l’écriture ont désormais un rôle central.

Rapidement j’ai appris à désapprendre. Oubliés mes cours de français, oubliés les clichés, et les avis, j’ai décidé de m’attaquer aux classiques avec un oeil neuf. C’est pour cela d’ailleurs que les seuls livres que je cite sur ce blog sont des Simone de Beauvoir, Camus, etc.

Il m’aura fallut quelques pages pour tomber sous le charme d’Albert Camus, quelques mots prononcés à voix hautes pour adorer Duras, une seule phrase d’une demi-page pour aimer Proust.

Albertine Disparue

Albertine-disparue

Pourquoi commencer par le livre 6 de la série ? Parce que je n’ai pas accès à tous les livres que je veux ici au Canada anglophone. Alors j’ai pris le premier qui me tombait sous la main.

J’ai été aussi influencé par quelques citations tirées du livre.

Je trouvais absolument indifférent au point de vue de la morale qu’on trouvât son plaisir auprès d’un homme ou d’une femme, et trop naturel et humain qu’on le cherchât là où on pouvait le trouver.

Nous n’avons de l’univers que des visions informes, fragmentées et que nous complétons par des associations d’idées arbitraires, créatrices de dangereuses suggestions.

L’habitude de penser empêche parfois d’éprouver le réel, immunise contre lui, le fait paraître de la pensée encore. Il n’y a pas une idée qui ne porte en elle sa réfutation possible, un mot le mot contraire.

Comme l’avenir est ce qui n’existe encore que dans notre pensée, il nous semble encore modifiable par l’intervention in extremis de notre volonté.

L’amour, même en ses plus humbles commencements, est un exemple frappant du peu qu’est la réalité pour nous.

 

Ces premiers mots je les ai trouvés si… Modernes. Réels. Astucieux. J’ai commencé les 600 pages.

C’était difficile, une syntaxe telle qu’on en voit peu, faites de phrases très longues et de chapitres infinis, sans pause. Mais comment dire, toutes les trois ou quatre page il y avait une pépite. Une description de la réalité meilleure que l’idée que j’avais pu m’en faire jusque-là.

Le narrateur, mi génie, mi enfant gâté, est parfois si loin de nous qu’on se prend à le regarder de haut. Et puis soudain il est si humain qu’on a la sensation qu’hormis lui et nous, personne n’a jamais vécu.

Sans attendre, voici mes extraits préférés (attention Spoilers):

 

Je revoyais Albertine assise à son pianola, rose sous ses cheveux noirs; je sentais, sur-mesure lèvres qu’elle essayait d’écarter, sa langue, sa langue maternelle, incomestible, nourricière et sainte, dont la flamme et la rosée secrètes faisaient que, même quand Albertine la faisait seulement glisser à la surface de mon cou, de mon ventre, ces caresses superficielles mais en quelques sortes faites pas l’intérieur de sa chair, extériorisée comme une étoffe qui montrerait sa doublure, prenaient, même dans les attouchements les plus externes, comme la mystérieuse douceur d’une penetration.

Je n’avais pas commis seulement l’imprudence, en regardant Albertine avec mes lèvres et en la logeant dans mon coeur, de la faire vivre au-dedans de moi, ni cette autre imprudence de mêler un amour familial au plaisir des sens.

Comme elle accourait vite me voir (…), se retardant seulement à verser de l’odeur dans ses cheveux pour me plaire.

 

 

Pour se représenter une situation inconnue l’imagination emprunte des éléments connus et à cause de cela ne se la représente pas.

Je sentais que (…) la recherche du bonheur dans la satisfaction du désir moral était aussi naïve que l’entreprise d’atteindre l’horizon en marchant devant soi. plus le désir avance, plus la possession véritable s’éloigne.

C’est étonnant comme la jalousie, qui passe son temps à faire des petites suppositions dans le faux, a peu d’imagination quand il s’agit de découvrir le vrai.

Mais un des effets de l’oubli était précisément de faire que beaucoup des aspects déplaisants d’Albertine, des heures ennuyeuses que je passais avec elle, ne se représentaient plus à ma mémoire, causent doc d’être des motifs a dédier qu’elle ne fut plus la comme je le souhaitais quand elle y était encore, de me donner d’elle une image sommaire, embellie de toit ce que j’avais éprouvé d’amour pour d’autres.

 

Nous ne connaissons vraiment que ce qui est nouveau, ce qui introduit brusquement dans notre sensibilité un changement de ton qui nous frappe, ce à quoi l’habitude n’a pas encore substitué ses parles fac-similés.

 

Je comprenais maintenant les veufs qu’on croit consolés et qui prouvent au contraire qu’ils sont inconsolables, parce qu’ils se remarient avec leur belle soeur.

 

Elles n’avaient pas joué à mêler leurs cils aux miens.

 

L’oubli dont je commençais à sentir la force et qui est un si puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.

 

J’avais presque les larmes aux yeux em le disant mais pourtant pour la première fois cela me faisait un certain plaisir d’en parler. c’est à partir de ce moment-là que je commençai à écrire à tout le monde que je venais d’avoir un grand chagrin et à cesser de le ressentir.

 

Cet être si redouté, si bien bienfaisant et qui n’était autre qu’un de ces moi de rechange que la destinée tient en réserve pour nous et que, dans plus éviter nous prières qu’un médecin clairvoyant et d’autant plus autoritaire, elle substitue malgré nous, par une intervention opportune, au moi valent trop blessé. ce rechange au reste elle l’accomplit de temps en temps, comme l’usure et la réfection des tissus, mais nous n’y prenons garde que si l’ancien contentait une grande douleur, un corps étranger et blessant, que nous nous étonnons de ne plus retrouver, dans notre émerveillement d’être devenu un autre, un autre pour qui la souffrance de son prédécesseur n’est plus que la souffrance d’autrui, celle dont on peur parler avec apitoiement parce qu’on ne la ressent pas. même cela nous est égal d’avoir passé par tant de souffrances car nous ne nous rappelons que confusément les avoir souffertes.

 

Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourrons nous-mêmes.

 

Si vous le pouvez, lisez Proust. Vous ne le regretterez pas.

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