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Archive: son paquet de clopes (2015)

Antoine se tenait dans le couloir, immobile. Il fixait la porte. Au bout de quelques secondes il se sentit ridicule. Allons ! On ne reste pas comme ça devant une porte sans rien faire ! Finalement, c’est la peur de déclencher l’hilarité qui le poussa à entrer.

Il gravit les premières marches, reconnut l’odeur familière de l’endroit. Et le silence. Il n’y avait pas un bruit, pas un mouvement, et pourtant, il était là, Antoine en était certain.

Lorsqu’il traversa la pièce il l’aperçut. D’abord furtivement, à peine couvert. Il s’observèrent une seconde et puis Antoine détourna le regard. Il savait que l’autre ne baisserait pas les yeux. L’autre, n’avait presque aucun point faible. Il n’était pas humain.

Antoine se sentit coupable immédiatement. Combien de fois s’était-il dit que c’était assez ? Dix ? Cent ? Mille ? Allons mon vieux, aujourd’hui c’est la bonne. Peut-être devait-il reporter la confrontation à demain, non vraiment, aujourd’hui n’était pas idéal. Et immédiatement Antoine se sentit mieux. Et pire. Soulagé et coupable. Il tenta de se sentir mieux en se promettant que demain… oui demain il ne lui laisserait aucune chance ! Son règne devait s’éteindre. Et ce faisant, les souvenirs l’envahirent. Les premières conneries, les premières filles, les premières soirées, ils les avaient vécues ensemble. Les meilleurs moment de sa vie, les pires aussi, oh oui, Antoine se souvenait de quelques nuits vraiment merdiques. Et puis après une telle complicité, il y avait eu les premières tensions. Les parents d’Antoine les premiers s’en était mêlés, en lui conseillant de rester à l’éccart. Mais il leur avait promis que tout irait bien. Ouais, regarde-toi aujourd’hui.

Fuck. C’est fini ce soir.

Antoine se ressaisit. Il devait tenir sa promesse. L’autre était en train de le tuer à petit feu de toutes manières. Autant en finir d’un coup. Antoine fit volte-face. Aussitôt il fut sous son emprise. Une part de lui résistait : Allez débarasses-t-en ! Fous le dehors ! Une autre, lui suggérait de ne pas prendre de décision hâtive : Tu crois que tu peux le quitter ? Comme les centaines de fois précèdentes c’est ca ?

Antoine était englué dans ses pensées, l’autre prenait le contrôle encore une fois.

Merde. Comment puis-je me laisser battre par ce truc. Même pas humain.

Mais la voie dans sa tête le savait bien. À supposer que ce soir Antoine parvenait à le foutre dehors, combien de temps cela durerait-il ? Une heure, un jour, une semaine ? L’idée de passer une semaine sans lui lui paraissait insupportable. Et même si tu y parviens, à la première soirée, aux premiers signes d’ébriété tu vas craquer, tu vas y aller…

Ta gueule !

Antoine avait été battu, à chaque fois. Et ça lui donnait l’avantage de l’expérience. Il savait qu’il ne devait pas négocier. Il devait ignorer les doutes et la peur, ignorer les promesses de déprime de son corps. L’autre en revanche avait confiance en son pouvoir addictif. Il ne s’était jamais posé la moindre question. Un robot je vous dis.

Ce soir, tu vas voir qui est le robot.

Antoine traversa la pièce, écarta les obstacles, et se dirigea tout droit vers lui. Il le saisit et l’entraîna vers le salon.

– Toi et moi on va se faire un petit face à face. On va se regarder droit dans les yeux pendant une heure, une dernière fois. Et après je t’oublie. Pas de nuit bonus, pas de nostalgie, pas de pensée pour toi. Tu m’as fait découvrir la liberté pour mieux faire de moi ton esclave. Qui fait ça ?! Et moi je t’ai aimé comme un fou. Combien de fois je t’ai choisi avant tout les autres ? Et toi tu as fait quoi pour moi ? Tu m’as enchaîné un peu plus à ton bonheur de papier.

Mais c’est fini. Le bonheur je le trouverais ailleurs.

Antoine laissa la peur s’emparer de lui. Il la sentit prendre le contrôle de son esprit, déformer ses pensées si subrepticement que d’ordinaire il ne s’en rendait pas compte. Mais ce soir, il la suivait du regard, et il ne la lâcherait pas. S’il avait échoué à chaque fois, c’était à cause d’elle.

Vas-y, montre-moi ce que tu peux faire ? Montre-moi… de quoi j’ai peur.

La peur s’emballa, elle se changea en panique, serpentant à toute allure le long de sa colone verterbrale. Jusque dans la racine de ses cheveux qui, un autre jour, se serait dressés sur sa tête. Mais pas aujourd’hui.

Je te tiens.

Antoine l’avait entre ses mains prisonnière. La peur. Il l’observa. Elle n’était rien. Un ver qui se tortillait violemment, tandis qu’il s’étouffait à l’air libre.

Maintenant Antoine savait. Il avait peur d’être malheureux sans lui. Il avait peur de ne plus ressentir de plaisir, de joie, peur de n’être qu’une partie de lui même.

Et alors ? En mourrais-je ?

Non.

Ça passera. Doucement. Parfois ce sera difficile. Mais je survivrais. Et peste si je dois être malheureux parfois. C’est pas une honte.

Antoine réalisa que c’était là tout se dont il avait peur. Et puis il sourit, il rit même ! C’est tout ? Dans le pire des scénarios il serait malheureux trois fois par semaine pendant quelques temps ? Ca voulait dire qu’il serait heureux le reste du temps, et libre. Pour de vrai cette fois. Débarrassé de lui.

Son paquet de clopes.

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